De l'artificialité de la notation absolue
Par OdyX, mercredi 1 mars 2006 à 16:55 :: Espagne :: #69 :: rss
Ça m'énerve. Je ne sais pas pour vous, mais moi ça m'énerve.
Je sors d'une discussion par IM avec mon mentor
. Le fait est que mes résultats d'examens sont, euh, comment dire ? Mes résultats d'examens sont médiocres. Je ne suis pas encore allé voir les notes, je ne sais même pas si j'en ai envie. Dans tous les cas, sur le premier semestre, je n'ai pas les 30 crédits nécessaires, c'est une quasi-certitude. J'en discute avec mon mentor
qui, prétendant[1] connaître les rouages et fonctionnements internes de l'école, me propose la solution suivante :
- Aller voir et discuter avec chaque professeur pour faire changer ma note, vers le haut.
Notes
[1] À raison sans doute...
Les arguments pour.
- Je suis étudiant ERASMUS.
- Je ne connaissais pas l'espagnol en arrivant.
- Je suis ici pour apprendre et pas que pour faire la fête[1].
- J'ai travaillé dur pour ces examens[2].
Argumentation contre.
Au vu de ces quelques arguments, je mériterais un traitement de faveur, un réajustement de ma note vers le haut ? Je ne crois pas. Selon moi, une université sérieuse fixe un niveau absolu, mesurable, pour chaque branche. Ensuite, dans chaque branche, l'étudiant est testé pour savoir si son niveau est suffisant, par rapport au niveau minimal, fixé. L'étudiant peut être testé par un seul examen final, par un contrôle continu, par des exercices, par un passage au karaoké ou quoi que ce soit d'autre, mais il est très important à mes yeux[3] que le niveau absolu, minimal soit le même pour tout le monde. Si la mesure de niveau est relative à la personne qui passe l'examen, à la personne qui fait passer l'examen, à la température extérieure, au goût du café ou à la densité de moustiques en Inde, le niveau n'est plus absolu, il devient relatif. Un niveau relatif n'a pas de sens pour moi, ce n'est pas sérieux !
Combien de fois ai-je pesté contre un professeur notant à la tête du client
? Combien de fois me suis-je emporté contre une notation non-objective, visiblement influencée ? Combien de fois ai-je trouvé anormal que des gens obtiennent des notes qu'ils ne méritent pas ? (Ces énervements sont évidemment différents si l'on est la personne favorisée, ce qui m'est sans doute arrivé sans m'en rendre compte.)
Pour chaque cours que j'ai suivi (avec plus ou moins de motivation[4]), il y a un niveau à obtenir, au prix d'efforts plus ou moins grands. Je pars du principe que ces niveaux sont absolus, qu'ils ont valeur de référence. J'espère que si deux personnes disent : J'ai passé l'examen de RDPR
, ça veut dire que ces deux personnes ont une partie de leur savoir qui est commune, qu'elles ont un niveau (dans le domaine en question) semblable.
Un seul argument peut être retenu je crois : la langue (mais pas entièrement, attendez la suite). Je n'ai pas le niveau d'espagnol d'un hispanophone natif, c'est certain (même si cela s'améliore). Tous les examens doivent être entièrement rédigés en espagnol, mais c'est de la science (ou ça tente de s'en approcher) et des mathématiques : il n'y a finalement pas grand chose à écrire en espagnol. On pourrait argumenter en disant que ma compréhension des données et la qualité éditoriale de mes réponses sont un handicap donc on peut raisonnablement penser qu'il est possible d'en tenir compte, sans affecter trop le caractère absolu du test de niveau. Afin de parer à ceci, j'ai apposé la mention ERASMUS sur toutes les feuilles que j'ai rendues, sans exception. Je considère alors que les correcteurs en ont tenu compte lors de la correction, qu'ils ont supporté les tournures de phrases hasardeuses et les mauvaises compréhensions de données, sans pour autant altérer trop l'échelle.
Oui, mon niveau d'espagnol est inférieur à celui de la majorité des gens qui passent les mêmes examens que moi. Oui, je n'ai presque rien assimilé des premières semaines de cours, ne sachant pas l'espagnol. Oui, je n'ai pas été très assidu à travailler ces cours. Mais tout ceci résulte de choix volontaires[5]. J'ai fait le choix de venir passer une année d'études en Espagne. J'ai fait le choix d'apprendre from scratch
un langage totalement inconnu. J'ai fait le choix d'augmenter la difficulté. J'ai fait le choix de risquer de perdre ma motivation, de me retrouver tout seul face à mon avenir, mes études. La vie est une suite de choix, parfois réfléchis, parfois non. Ne pas avoir appris l'espagnol avant de débarquer n'était pas à proprement parler un choix, c'était le résultat d'un non-choix (qu'on appelle parfois flemme), ou du choix de ne rien faire.
Je suis en grand partie responsable de ce que je suis et de ce que je fais. D'autres personnages (famille, amis, compagnons de route ou de vie, professeurs, etc.), des institutions (écoles, associations, scoutisme, etc.) influencent ma vie, ma manière de tracer ma route, mais avec l'âge et donc la maturité, on devient conscient de ces influences. Quoi qu'il en soit, s'il y a quelqu'un à blâmer pour de mauvais résultats d'examens ici, c'est bien moi, et moi seul. J'ai atteint certains niveaux dans les cours que j'ai suivis. Les niveaux obtenus dépendent de moi, de mon comportement, de mon assiduité au suivi des cours. Ils dépendent évidemment aussi de la qualité de l'enseignement fourni, mais ceci est général, pas propre à mon niveau.
Donc, sous quel prétexte puis-je décemment aller me mettre à genou[6] devant les professeurs pour demander un réajustement de ma note ? Si le niveau est effectivement absolu (et j'espère qu'il l'est !), la note que j'ai obtenue est correcte, non ? J'ai un handicap, ne pas évoluer dans ma langue maternelle ? J'estime que ce handicap est comblé à juste mesure par une indication sur chaque feuille rendue du fait que je suis étranger. De quel droit puis-je demander un traitement de faveur ? De quel droit bénéficierais-je d'une augmentation de ma note ? Je n'ai pas assez travaillé pour obtenir le niveau requis, de qui est-ce la faute ? C'est entièrement ma faute !
Je ne suis pas aux études pour passer des années, mais pour accumuler de l'expérience, du savoir, atteindre un niveau absolu (celui requis pour être ingénieur). Quel est le sens d'une année passée par favoritisme, par modification de notes ? Soit j'ai le niveau, soit je ne l'ai pas. Si je ne l'ai pas (par rapport au niveau absolu pré-défini et invariant), je ne l'ai pas. Point barre. Je ne veux pas de notes artificielles, me faisant croire (à moi, à l'administration, ...) que j'ai atteint un niveau alors que c'est faux. Ce serait me mentir, faire mentir mes principes, entrer dans le jeu de la notation à la tête du client
.
Ça se fait comme ça ici ? Tant pis. Je ne me mentirai pas, je ne jouerai pas ce jeu. Désolé. Je préfère rater mon année, en toute conscience que la passer avec des notes artificielles. Je suis ici pour apprendre, pas pour passer une année. Il ne faut pas voir ça comme de la démotivation, mais comme du réalisme. Je n'ai pas le niveau ? Il faut donc que je travaille pour l'obtenir. Le travail, ça passe par suivre des cours, faire des exercices, des laboratoires, etc. Ça ne passe pas par demander au professeur de modifier ma note
. Désolé.
@+, Didier
P.S. Si quelqu'un a une meilleure idée pour le titre, je suis ouvert à toute proposition.

Commentaires
1. Le mercredi 1 mars 2006 à 19:19, par Pap's
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