Tout d'abord, à un arrêt, une dame entre et annonce qu'elle va nous chanter quelque chose. Elle commence. La dame chante dans une langue que je ne connais pas, mais que je suppose être balkanique ou dérivée du russe. Ce sont de longues tenues, en vibrato de conservatoire, un vibrato au demi-ton, à 3 Hertz, très régulier. Le chant ne dégage pas vraiment d'émotions, peut-être parce que je ne comprends pas ce qu'elle chante. La dame s'interrompt, pour laisser l'enregistrement automatique passer. Puis reprend, par une tenue. Longue. Et puis finalement, s'arrête, et passe devant les gens pour recevoir quelques pièces.

Une femme, dont je pourrais estimer l'âge à une petite trentaine d'années, peut-être moins, lui donne une pièce. C'est la seule à lui donner quelque chose. Elle est en face de moi, assise, la chanteuse de dos. Finalement, à l'arrêt suivant, la chanteuse sort. Et là, au bout de quelques courts instants, je remarque que la jeune femme pleure. Au début, assez peu, puis j'ai vu les gouttes couler le long de ses joues. Elle tente de ne pas le montrer et je suis peut-être un des seuls à l'avoir vu. Elle sort un mouchoir et s'essuie les yeux, tout en essayant de ne pas étaler son faible maquillage.

Et là, je me suis senti vraiment bizarre. Une jeune femme, que je ne connais pas du tout, que je ne reverrai probablement jamais, pleure, à 1 mètre de moi. J'aurais aimé l'aider, lui permettre de décharger une éventuelle souffrance ou lui permettre de parler, mais je n'ai pas pu. Passer en un instant du parfait inconnu au confident ou au moins à celui qui aide, tout en brisant brutalement l'intimité qu'elle essayait désespérément de garder personnelle, je n'ai pas pu. Elle souffrait, c'est évident à mes yeux. Je ne sais pas pourquoi, ni si cela a un rapport avec la chanteuse, mais elle souffrait. Et je crois que celui qui souffre a besoin de soutien, d'aide. Comment aurais-je pu l'aider, sans briser son intimité ? Je ne sais toujours pas.

Je me sentais vraiment déstabilisé de voir cette souffrance personnelle forte, tout près de moi. Mes yeux deviennent humides. Je ne pleure pas, non, mais j'ai les yeux mouillés. Et j'ai les yeux humides maintenant en écrivant ce billet, en repensant à ces quelques instants. Pourquoi ? Je ne sais pas. Finalement, la femme se lève et sort de la rame de métro à l'arrêt suivant. Elle marche lentement, comme abattue. Je n'ai rien fait. Qu'aurais-je pu faire ? Je ne sais pas.

Voilà. Un billet un peu plus psychologique, un peu plus personnel, un bout de moi, un peu moins "technico-Linuxo-informaticien", un peu plus de ce que je veux faire de ce blog : un miroir.